La première incursion officielle de Microsoft dans le jeu portable est un pas dans la bonne direction.
Après quelques décennies d’attente, Microsoft a enfin emboîté le pas à Nintendo et Sony sur le marché des consoles portables. Enfin, presque. La Xbox ROG Ally est le fruit d’une collaboration : Asus fournit le matériel et l’équipe Windows a entièrement repensé le logiciel pour mieux répondre aux besoins des joueurs PC nomades.
À l’instar des Xbox Series S et Series X, il s’agit d’une double approche : la Xbox ROG Ally blanche que nous avons testée est la moins chère des deux et se concentre sur le jeu en 720p, tandis que la Xbox ROG Ally X noire est plus onéreuse, mais offre un matériel plus puissant et un meilleur retour haptique. On a pu se procurer la première qu’avant la levée de l’embargo par Microsoft ; on devra donc attendre pour donner mon avis sur la seconde.
Design et finition : une prise en main impeccable
Il faudrait être vraiment distrait pour ne pas remarquer les deux principaux ajouts de la Xbox ROG Ally. Les poignées robustes qui encadrent l’écran de 7 pouces donnent à la console blanche l’allure d’une manette Xbox 360 allongée, mais elles sont d’une efficacité redoutable. Aucune autre console portable que l’on a utilisée n’offre un tel confort de jeu. La différence avec la première Ally d’Asus est flagrante ; cette dernière était beaucoup trop anguleuse, tandis que celle-ci épouse parfaitement la forme des mains.
Certes, ces poignées augmentent l’épaisseur de la console, la rendant nettement plus épaisse qu’une Nintendo Switch 2 avec ses Joy-Cons, mais on n’a jamais eu de mal à la glisser dans notre sac pour l’emporter partout. Avec ses 670 g, elle n’est pas particulièrement lourde – un inconvénient dû à l’absence des gâchettes vibrantes Impulse présentes sur la Xbox ROG Ally X, plus onéreuse. C’est vraiment dommage que les deux constructeurs n’aient pas trouvé le budget nécessaire pour les intégrer ; on a immédiatement constaté leur absence dans les jeux auxquels on avait déjà joué sur Xbox.
Hormis les nouvelles poignées, le seul autre ajout typiquement Xbox est le bouton Xbox dédié, situé à côté des boutons de raccourci. Il est vraiment pratique pour accéder à la nouvelle application Xbox directement depuis les jeux. Pour le reste, l’ergonomie est identique à celle de la ROG Ally X d’Asus. On retrouve notamment le décalage des joysticks analogiques, avec un rétroéclairage LED personnalisable (et pas seulement le vert Xbox).
Vous n’aurez donc toujours pas droit à un pavé tactile comme sur le Steam Deck, mais ce n’est plus vraiment un problème, l’interface Xbox étant désormais mieux adaptée à la navigation. Une croix directionnelle à huit directions, quatre boutons d’action agréablement cliquables, des gâchettes réactives et deux boutons de tranche : tout est réuni pour une manette moderne. Sans oublier les deux boutons arrière personnalisables. L’ensemble offre une prise en main confortable et procure des sensations proches de celles d’une manette de console officielle, plutôt que d’une manette portable pour PC.
La connectivité reste inchangée par rapport à la manette Ally d’Asus : on retrouve deux ports USB-C sur le bord supérieur, un lecteur de carte microSD, une prise casque 3,5 mm et un bouton d’alimentation faisant également office de lecteur d’empreintes digitales. Idéal pour contourner l’écran de verrouillage Windows, et plus rapide que de saisir son code PIN à l’aide du pavé numérique virtuel et des boutons de la manette.

Écran et son : tout est en place
Asus n’a pas vraiment innové côté écran, réutilisant l’écran tactile LCD Full HD de 7 pouces initialement intégré à sa manette Ally. À l’époque, cet écran était assez compétitif face à la Steam Deck de Valve, avec une résolution supérieure et un format 16:9 plus classique. Mais la donne a changé avec l’arrivée de l’écran OLED de la Steam Deck.
Bien que l’Asus conserve une meilleure résolution, c’est désormais l’une des consoles portables de jeu PC avec le plus petit écran du marché. Le cadre noir de l’écran, contrastant fortement avec le boîtier blanc, accentue cette impression de taille imposante en jeu. De plus, malgré une fréquence de rafraîchissement officiellement supérieure grâce à son écran 120 Hz et à la technologie AMD FreeSync Premium, le temps de réponse de l’écran sous-jacent est inférieur à celui de l’écran OLED de la Deck. À nos yeux, la différence est minime lorsque l’Ally atteint sa fréquence d’images maximale. On est néanmoins ravi de constater sa présence, car elle contribue à la fluidité des jeux plus gourmands en ressources, même lorsque la fréquence d’images chute.
L’écran LCD de l’Ally offre des couleurs assez vives et un contraste correct compte tenu de sa dalle IPS. Cependant, les scènes sombres sont loin d’être aussi profondes et maîtrisées que sur les consoles portables concurrentes équipées d’écrans OLED. Aucune compatibilité HDR n’est disponible, et la luminosité maximale de 500 nits n’a rien d’exceptionnel. On a eu du mal à jouer à une section sombre de l’extension Phantom Liberty de Cyberpunk 2077 lors d’un récent vol en plein jour, même avec la luminosité de l’écran au maximum. Chez nous, en revanche, on jouait régulièrement avec le curseur de luminosité réglé entre 25 et 50 %. Les angles de vision sont corrects, sans être spectaculaires, et l’absence de traitement antireflet rend les sources de lumière intense plus gênantes que sur la Deck OLED 1 To, pourtant moins chère. Malgré tout, la qualité d’image globale est honorable et rivalise avec celle de la Lenovo Legion Go S, plus grande.
Rien à redire sur les deux haut-parleurs stéréo frontaux, qui offrent un volume impressionnant et des médiums clairs et précis. Aucune console portable ne propose des basses épiques, et celle-ci ne fait pas exception, mais les aigus sont étonnamment nets. On a rarement ressenti le besoin de pousser le volume au maximum, car le son devenait agressif, mais à 80 %, pas besoin de casque pour les jeux solo. L’upscaling virtuel Atmos contribue également à élargir légèrement la scène sonore.

Logiciel : quelle expérience !
Le nouveau design de la Xbox ROG Ally est presque anecdotique dans les ambitions plus vastes de Microsoft sur le marché du jeu PC. C’est la nouvelle interface Xbox plein écran qui vise à rivaliser avec le Steam Deck basé sur Linux. Dès l’allumage de la console portable, c’est la première chose que l’on voit après l’écran de verrouillage. Visuellement, l’application ressemble beaucoup à l’application Xbox que les joueurs Windows connaissent bien, mais elle est désormais optimisée pour les manettes et les petits écrans. Les lanceurs de jeux concurrents sont également entièrement intégrés : vos jeux Steam, Epic, Battle.net et GOG apparaissent automatiquement.
Microsoft préférerait évidemment que vous achetiez vos jeux sur sa propre boutique, et a simplifié la tâche grâce à un nouveau programme de compatibilité avec les consoles portables. Les jeux sont désormais signalés comme entièrement compatibles, vous permettant ainsi d’anticiper d’éventuels problèmes ou des performances instables.
Surtout, grâce à des optimisations internes, de nombreux services et tâches en arrière-plan de Windows 11 ne sont pas lancés par défaut, libérant ainsi de précieuses ressources système pour une expérience de jeu optimale. Vous devez basculer manuellement vers le bureau lorsque vous en avez besoin, et un redémarrage vous est proposé lorsque vous revenez à l’interface Xbox pour des performances optimales. On ne se souvient pas non plus avoir été forcé de revenir au bureau par une alerte de sécurité Windows. Les jeux dotés d’un logiciel anti-triche fonctionnent également sans problème – ce qui n’est pas le cas du Steam Deck, basé sur Linux. Même la configuration initiale de Windows a été simplifiée ; elle est moins fastidieuse avec une manette et vous bombarde de questions.
La nouvelle interface utilisateur fonctionne parfaitement, même pour lancer des jeux depuis l’Epic Games Store ou votre bibliothèque Steam ; une fois la partie terminée, on retourne directement à l’interface Xbox. L’ancienne version d’Ally vous aurait renvoyé sur le bureau Windows. Ceci dit, le mode Big Picture de Steam s’affiche parfois de manière intempestive, mais c’est un paramètre que vous devez modifier, et non Microsoft ou Asus. On a beaucoup apprécié la barre de jeu mise à jour, qui apparaît en appuyant sur le bouton Xbox. Il est bien plus facile de voir ce que font vos amis Xbox, de régler le volume du jeu et du chat, et de prendre des captures d’écran. En revanche, le jumelage d’écouteurs Bluetooth nécessite toujours un passage par le bureau Windows, ce qui est un peu dommage.
Bien que le logiciel Armory Crate SE d’Asus soit toujours présent, il reste largement discret. On n’a ouvert l’application que pour personnaliser l’éclairage RGB, mettre à jour les pilotes et configurer les boutons arrière. Tout le reste est accessible via les paramètres rapides, soit par la barre de jeu, soit directement avec le raccourci clavier. Cela inclut des réglages essentiels comme le mode d’alimentation, la résolution, le taux de rafraîchissement et la luminosité de l’écran. Dommage que l’indicateur de performances à l’écran gêne la fermeture des fenêtres sur le bureau. C’est un exemple des améliorations d’ergonomie encore nécessaires pour une expérience aussi fluide qu’avec un Steam Deck.

Performances : en constante progression
Le chipset Ryzen Z2 A, au cœur de la Xbox ROG Ally, est le modèle d’entrée de gamme de la nouvelle gamme de processeurs portables d’AMD, mais il n’est pas aussi récent qu’il n’y paraît. Basé sur l’architecture Zen 2, il intègre un processeur graphique RDNA 2 plusieurs générations en retard sur le Ryzen Z1 Extreme de la première Asus Ally. Il possède deux fois moins de cœurs, un TDP maximal de seulement 20 W et une fréquence boost bien inférieure.
De plus, il n’offre que 16 Go de RAM, ce qui bride quelque peu le GPU ; le Z1 tirait pleinement parti d’une mémoire importante, et il semble que ce soit également le cas ici. Les performances en mode bureau sont inférieures de 30 à 50 % à celles de l’Asus Ally, que ce soit en monocœur ou en multicœur, et cela se ressent notamment au niveau des temps de chargement des applications.
Bien entendu, cette console n’est pas conçue pour un usage professionnel ; ce sont donc les performances en jeu qui importent le plus. Microsoft et Asus tempèrent les attentes en indiquant que la Xbox ROG Ally est mieux adaptée aux jeux en 720p, et qu’il faudra passer à la Xbox ROG Ally X pour jouer en 1080p.
Nos tests l’ont largement confirmé : les jeux récents peinent parfois à atteindre une fluidité optimale à la résolution native de l’Ally. Gears Tactics reste jouable avec un mélange de détails moyens et élevés à 32,4 images par seconde, tandis que Shadow of the Tomb Raider était trop gourmand en ressources avec des paramètres similaires. Même avec le ray tracing désactivé, je n’ai gagné que 26 images par seconde. Avec le ray tracing activé, le nombre d’images par seconde est tombé à un chiffre.
Passer en 720p améliore considérablement les choses, mais ne garantit toujours pas des performances optimales. Gears Tactics a atteint 53,9 images par seconde, et Shadow of the Tomb Raider 43 images par seconde ; ces deux performances étaient suffisamment confortables grâce au taux de rafraîchissement variable de l’écran. Le ray tracing restait cependant impossible à utiliser dans Tomb Raider. On peut se demander pourquoi Asus n’a pas opté pour un écran à plus basse résolution ; l’écran OLED 1280×800 du Steam Deck est nettement moins exigeant qu’une dalle 1080p.
Il faut bien l’avouer, les jeux plus anciens et moins gourmands s’affichent parfaitement à leur résolution native. Dredge et Hades, même poussés au maximum, atteignaient toujours 120 images par seconde, malgré une réduction de la consommation d’énergie. Les titres bien optimisés des années 2010 ne posent aucun problème non plus : DMC: Devil May Cry et Max Payne 3 sont parfaitement fluides avec des détails élevés.
AMD dispose de quelques atouts pour garantir la fluidité des jeux modernes, notamment la mise à l’échelle FSR et la génération d’images. Cyberpunk 2077 exige ces deux technologies, et même le préréglage Steam Deck peine à tourner en 720p. Sans elles, le nombre d’images par seconde chutait à un chiffre à la résolution native de l’Ally. Avec les deux activées, on a constaté une moyenne bien plus fluide de 72 images par seconde, et on a même réussi à atteindre 51 images par seconde avec le préréglage de ray tracing le plus bas.
Il est regrettable que la FSR introduise un scintillement visuel que Nvidia a quasiment éliminé avec son upscaler DLSS. C’est parfois assez gênant, mais tout aussi difficile à repérer. Autre problème : tous les jeux ne prennent pas en charge cette technologie. Microsoft travaille sur un outil de mise à l’échelle automatique à compatibilité universelle, mais il ne sera disponible qu’en début d’année prochaine – et même alors, il ne profitera qu’à la Xbox ROG Ally X, plus onéreuse.

Autonomie : une efficacité perfectible
Comme pour la quasi-totalité des consoles portables PC, l’autonomie de la Xbox ROG Ally dépend du type de jeux auxquels vous jouez et de votre capacité à réduire la consommation d’énergie tout en conservant une fréquence d’images jouable. Les trois profils prédéfinis permettent de limiter la puissance du Ryzen Z2 A à 6 W, 15 W ou 20 W, et une option personnalisée dans Armory Crate offre des réglages encore plus précis. L’intégration d’une batterie de 60 Wh est un atout indéniable. Certes, c’est moins que les 80 Wh de la ROG Xbox Ally X, mais nettement plus que la première Ally d’Asus. La batterie de 40 Wh de cette dernière était particulièrement faiblarde.
En passant à un jeu beaucoup moins gourmand, l’excellent roguelite Hades, sur le thème de la mythologie, a fonctionné parfaitement avec le profil de puissance de 6 W, réduisant la consommation d’énergie à environ 15 % par heure – ce qui permet d’atteindre sept heures d’autonomie sans avoir à modifier la fréquence du processeur ou le nombre de cœurs. Un Steam Deck OLED peut faire encore mieux. Le bloc d’alimentation de 65 W fourni par Asus est deux fois plus petit qu’un adaptateur secteur classique pour ordinateur portable, ce qui le rend idéal pour les déplacements. Il est capable de recharger l’Ally en une heure environ.

Verdict sur l’Asus Xbox ROG Ally
L’arrivée officielle de Microsoft sur le marché des consoles portables de jeu PC est une excellente nouvelle, et la Xbox ROG Ally est un excellent point de départ. Grâce aux efforts déployés en coulisses, Windows est enfin plus fluide et l’interface Xbox plein écran représente une nette amélioration par rapport à la version précédente. Côté matériel, les poignées ergonomiques, semblables à celles d’une manette, améliorent considérablement le confort et la jouabilité.
Cependant, on ne pense pas que tous les fans de Xbox devraient se précipiter pour en acheter une. Le modèle Ally de base n’égale pas les performances du Steam Deck OLED, pourtant moins cher, et son autonomie est inférieure. La console de Valve possède également un écran OLED de meilleure qualité. La Xbox ROG Ally X, plus chère et plus puissante, avec ses gâchettes Impulse, semble plus tentante, même si nous ne l’avons pas encore testée. Cela dit, le simple fait d’obtenir l’approbation de Xbox va certainement donner un coup de pouce aux consoles portables de jeu PC, et c’est une excellente chose.
