Fujifilm transpose l’Instax au cinéma, avec un look rétro et une technologie qui voyage dans le temps.
Introduction
À la fois appareil photo, imprimante photo Instax et caméra vidéo, l’Instax Mini Evo Cinema semble tout droit sorti des années 1970. Le dernier appareil hybride de Fuji délaisse le style télémétrique du Mini Evo original pour un design évoquant le Super 8, mais c’est son cadran unique “Eras” (Époques) qui remonte encore plus loin dans le temps. Les effets qu’il applique à vos clichés et clips retracent l’histoire des films de famille à travers les décennies, des années 1930 aux années 2020.
À 380 €, c’est le membre le plus onéreux de la gamme Instax, alors que la partie matérielle de l’appareil n’a pas vraiment progressé. Son look rétro et la nouveauté de pouvoir “imprimer” des clips vidéo sur des photos Instax physiques suffisent-ils à justifier son prix ?

Design et fabrication : une bonne prise en main
Seuls les historiens de la photographie reconnaîtront que l’Instax Mini Evo Cinema est basé sur le Fujica Single-8 de 1965. Il en reprend la poignée verticale, avec une série de cadrans et d’interrupteurs d’époque sur un côté, mais un viseur LCD plus moderne à l’arrière. Les packs de films Instax Mini — toujours les plus répandus et les plus abordables — se chargent dans un tiroir sur le côté opposé.
C’est un appareil fantastique à prendre en main, avec tous les boutons à portée de doigt. Du moins, si vous êtes droitier ; en tant que gaucher, on a dû régulièrement me forcer à changer de main. La poignée étant un peu courte, il est vivement conseillé d’installer l’extension vissable incluse. Elle utilise le filetage 1/4 pouce du trépied, mais cela ne m’a pas manqué : c’est un appareil clairement conçu pour une utilisation à la main levée.
Grâce à sa finesse, on a trouvé le Mini Evo Cinema presque aussi facile à glisser dans une poche que le Mini Evo original. Il est également beaucoup plus compact que les alternatives Instax entièrement analogiques.
Le déclencheur est très sensible, mais les photos ne s’impriment pas automatiquement par défaut, ce qui évite de gaspiller du film. En tournant la manivelle surdimensionnée à gauche — dont l’action mécanique est délicieusement satisfaisante et donne l’impression d’avancer la pellicule sur un boîtier argentique — vous vous assurez que seuls vos clichés préférés deviennent des photos physiques.

Fonctionnalités et autonomie : mon ère analogique
Le viseur vertical de 1,5 pouce correspond parfaitement au format du film Instax Mini, mais il n’est pas très lumineux. Cadrer peut s’avérer difficile en plein soleil, à moins de clipser la loupe fournie. Celle-ci a l’effet secondaire malheureux d’amplifier la faible résolution de l’écran au point de distinguer les sous-pixels rouges, verts et bleus, sans vraiment offrir une meilleure vue de votre sujet.
Tant que vous ne basculez pas l’interrupteur de “Still” (Photo) à “Cine” (Vidéo), le Mini Evo Cinema se comporte comme les autres appareils hybrides de Fuji. Le contrôle de la balance des blancs et de l’exposition est limité ; l’appareil s’occupe de la mise au point. La mémoire interne peut stocker environ 50 images, mais un emplacement microSD est présent à côté du port USB-C si vous prévoyez de réaliser des films miniatures (qui occupent plus d’espace).
Comment peut-on “imprimer” de la vidéo ? Votre séquence — jusqu’à 15 secondes par clip — est intégrée dans une miniature via un QR code. Les vidéos sont hébergées sur les serveurs de Fuji pendant deux ans à compter du téléchargement. C’est le cadran “Eras” qui distingue vraiment cet appareil, bien qu’il soit aussi source de frustration. Il couvre 90 ans de tendances photographiques par tranches de dix ans, commençant par un noir et blanc flou des années 1930. Le réglage des années 60 ajoute des artefacts de film Super 8 ; les années 90 ajoutent des lignes de balayage VHS ; les années 2010 superposent des commandes de lecture de type YouTube. C’est indéniablement amusant, mais passer d’une époque à l’autre prend un temps infini.
Même l’allumage prend environ cinq secondes, et l’interface est globalement assez lente. Les transferts Bluetooth vers l’application mobile peuvent aussi être laborieux. Le mode haute vitesse via Wi-Fi est gourmand en énergie : il consomme presque autant de batterie pour transférer quelques images que pour les enregistrer. On comptabilisé environ 35 photos, 10 vidéos et 8 impressions avant que la batterie ne soit vide. L’application ne permet pas de partager directement les clips sur les réseaux sociaux, ni même de sauvegarder les versions numériques des photos que vous n’avez pas imprimées physiquement au préalable.

Performances et qualité d’image : conçu pour le fun
Avec un capteur basique de 5 MP (1/5 de pouce) inchangé par rapport au Mini Evo et un objectif simple de 28 mm, le Mini Evo Cinema ne gagnera aucun prix de qualité d’image. La résolution suffit pour que les tirages Instax (format carte de crédit) paraissent nets, mais vous ne vous précipiterez pas pour télécharger les versions numériques.
L’exposition est aléatoire face au soleil, avec des hautes lumières brûlées ou des zones d’ombre très denses. Cela convient assez bien au rendu du film Instax, mais à moins d’utiliser l’époque “2020s”, attendez-vous à des clichés très “mous”. Il reste cependant un charme indéniable à posséder une version physique de ses photos. En revanche, le flash a tendance à se déclencher trop souvent, même dans des lieux bien éclairés. Cela ajoute plusieurs secondes de délai entre la mise au point et le déclenchement, ce qui rend la prise de vue d’enfants ou d’animaux particulièrement ardue.
La qualité vidéo est presque aussi rétro que les filtres eux-mêmes, plafonnant généralement à 800×600 avec un manque flagrant de détails. Le mode “2020s” monte à 1440×1080 et s’en sort un peu mieux, mais reste surpassé par n’importe quel smartphone d’entrée de gamme. Le son est tout aussi médiocre, peinant face au vent.

Verdict : Fujifilm Instax Mini Evo Cinema
Au-delà de son look rétro et de ses filtres “Eras” amusants, l’Instax Mini Evo Cinema est un appareil instantané hybride lent, avec une qualité d’image relative et une application qui complique le partage des clips vidéo. Son prix élevé l’éloigne également du territoire des “achats impulsifs” occupés par les autres modèles Instax.
En tant que réinvention moderne d’un héros du film de famille, il est extrêmement charmant, mais une fois la nouveauté passée, il n’offre pas grand-chose de plus que l’Instax Mini Evo, bien moins cher.
